Détail de l'album

  • DATE DE PUBLICATION /26 mars 2018
  • LABEL /Veryrecords
  • FORMAT /Vinyle, CD et Digital

Notre avis

La France n’est pas rock parait-il ! A qui jeter la pierre ? A notre culture nationale trop pantouflarde et conservatrice ? Aux majors qui ont sans doute refusé de promouvoir des centaines de groupes se pressant à leurs portes ? Aux groupes eux mêmes, de qualité trop moyenne pour intéresser qui que ce soit ? Difficile de se prononcer mais une chose est sûre, certaines formations s’en donnent à cœur joie pour changer les mentalités, et malgré une absence flagrante de visibilité, elles continuent à avancer tête haute et nous sortent des albums dignes de ce nom.

Après un très bon “Propaganda” paru en 2015, le quintet remet le couvert, et signe un album suintant les bonnes intentions, tout en conservant sa ligne directrice. Les thématiques demeurent des messages censés, ô combien louables, et le combo fructifie son savoir-faire en évitant soigneusement de sombrer dans la redite. Fidèles à eux-mêmes, ils nous déversent un rock engagé, des rythmes coup de poing et des morceaux non dénués de sens quand il s’agit de constater la connerie humaine et les nombreux travers de notre société.

Kemar au chant et au phrasé unique n’a pas l’habitude de parler dans le vide et offre un discours qui mérite réflexion et qui ne devrait pas décevoir ses admirateurs, même si il faut néanmoins accepter de prendre le temps de s’imprégner de cette nouvelle production, et de se faire malmener par les riffs avant de pouvoir les apprivoiser pour mieux en profiter. Dans cet opus foisonnant de discrètes références, No One Is Innocent nous “drague” avec des arguments qui n’appartiennent qu’à eux. Flirtant parfois avec le Metal, No One reste Rock en toute circonstance. Une envie sans retenue et contagieuse dont on retiendra immédiatement le premier single “Ali (King of the ring)”.

Comme une main de feu dans un gant de cuir…on touche en fait ici à une ambiguïté fondamentale : d’un côté le rock primaire et primitif, et de l’autre les prétentions de l’activisme intellectuel. Les gars savent que trop réfléchir quand on fait du rock ne mène souvent à rien. Les parisiens ne sont pas des Enfoirés et ne sont pas là pour nous donner une leçon. Ici, tout est basique séparément mais comme souvent, c’est la superposition de tous les éléments qui fait la différence. No One Is Innocent c’est la classe ouvrière qui martèle son quotidien. Même dans le suggestif, on y croit dur comme fer. Mathématiquement ça fonctionne et au niveau sonore, la prise de distance avec les origines se fait sentir.

On les remerciera quand même au passage d’avoir écouter Rage Against The Machine et compagnie. Outre le plaisir évident à écouter cet album, j’y ai trouvé quelques avantages collatéraux et le ton est contrebalancé par un tonus incroyable et exploité à son maximum. Soufflant à la fois le chaud et le froid et sans renier totalement de nombreux élans populaires, ils insufflent à leurs chansons une pêche communicative et parviennent à transmettre sur simple écoute une énergie bestiale.

Toute la force de ce disque réside dans un parfait équilibre entre précision rythmique et spontanéité fougueuse avec des titres qui ont des tripes, du feeling et qui gardent malgré tout une certaine authenticité. Au fil des écoutes, on se rend compte de ce que l’on a entre les mains et l’addiction n’est pas loin. Un conseil, ne vous prenez pas trop la tête et ouvrez grand vos oreilles. En tournée actuellement dans toute la France, et ce jusqu’au 24 juin.

Arno Jaffré