Détail de l'album

Notre avis

Après quelques secondes, les vrombissements de la guitare placent l’auditeur dans une agréable torpeur…Le voyage dans les méandres abyssales de Big Sure peut commencer. La montée en puissance se fera par le biais d’une esthétique sonore entremêlant ambiance aquatique, électrocution et voix candides nuancées. On retrouve avec plaisir les mélodies délicieusement enveloppées, les distorsions psychédéliques, et les atmosphères célestes se mouvant dans un décor onirique que l’on appréciait dans leurs singles précédents.

Le groupe reprend à son compte les caractéristiques du style, et c’est un univers complet qui s’offre à nous. Et celui-ci englobe l’auditeur dans un environnement intense et étrangement attirant. Les nantais restent inventifs et intransigeants dans leur manière de composer. Et en ces temps où l’originalité artistique est loin d’asperger le rock actuel, c’est plutôt rassurant. Ils se démarquent également de leurs congénères de la plus belle façon qui soit, en traçant leur route personnelle, sans jamais se retourner. On vibre avec eux, on se perd maintes fois, et on explore en leur compagnie cet instant où la raison nous quitte et où l’on rejoint la transe, quand le rêve fusionne avec l’irréel. On se laisse porter. Sans résistance. Aucune. Comme parachuté dans un monde aérien, happé par un rock psyché toujours aussi troublant qui s’invite dans votre conduit auditif et vous susurre de le suivre.

Le quatuor transforme l’essai, et ils nous démontrent ici qu’ils peuvent être les tenants et les aboutissants d’un courant musical prêt à ressusciter. Le calendrier cosmique prend corps maintenant dans un brasier électrique éblouissant. L’ambiance devient réflexive, presque relaxante et une fois de plus, c’est la totalité du son qui est remarquable. Ils savent également utiliser au mieux le studio comme un instrument à part entière, façonnant ainsi un son unique. “Hydronaüt” est une vision où se fond, dans des dédales labyrinthiques, la confusion et la pureté la plus absolue. Un disque en forme d’aboutissement, un manifeste à lui tout seul, et le plus bel endroit pour se recueillir. Comment faire plus éthéré ? Comment emmener ce genre encore plus loin ? En attendant une réponse à ces questions, Big sure s’impose et en impose.

Avec ces huit titres, on marche sur les cendres fumantes d’une ère révolue, étourdi par des accords irradiés, des aurores boréales posées sur des rythmes sensuellement désinvoltes. On peut donc affirmer que cet opus est une réussite. Non pas qu’il soit beau – adjectif dénué de tout fondement critique dans ma bouche – mais parce qu’il est des plus abouti. Un opus au goût exquis auquel on s’expose plus qu’on ne l’écoute.

Arno Jaffré