Malgré une annulation conséquente dès le premier jour, la quatorzième édition du Hellfest Open Air festival a tenu toutes ses promesses. Une programmation de haute voltige, une ambiance de folie, un soleil de plomb, tout était réuni encore une fois pour que les nombreux festivaliers en profitent au maximum. Manowar que l’on attendait pas forcément en tête d’affiche se devait de marquer au fer rouge la journée du vendredi 21 juin. Ce ne fut pas le cas bien évidemment, les américains ayant décidé de plier bagage le jour même. En coulisses, les rumeurs se sont vite propagés : bagarre entre le quatuor et séparation par le service d’ordre, problème technique, contentieux financier…peu importe, ce sont les tribunaux qui feront la lumière sur cette affaire, des avocats et des huissiers ayant été appelés à la rescousse. En dehors de cet épisode peu banal, les satisfactions sont nombreuses…à commencer par la programmation 100 % frenchies de la mainstage 2 : Klone, Blackrain, Lofofora, No One Is Innocent, Dagoba, Ultra Vomit, Mass Hysteria et Gojira qui transcende et éclabousse de toute sa classe la scène mondiale. Un joyau national qui mérite amplement sa place au sommet de la hiérarchie et qui se place en locomotive du Metal français. Cocorico ! Autre performance à prendre en compte, le set bourré de fuzz des californiens de Fu Manchu (un régal), sans oublier bien évidemment le ska punk prometteur de The Interrupters, et le death punk frétillant de Hank Von Hell (ex Turbonegro).

Le samedi 22 juin est à marquer d’une pierre blanche car il s’agit de la toute dernière fois que l’on verra Kiss sur le sol français. La Kiss Army est déjà sur le pied de guerre et n’en croit pas un mot. En attendant ce concert évènement, je laisse mon intuition me guider. Banane Metalik, Mad Sin, Les Wampas et Sham 69 sur la Warzone me rappellent à quel point j’aime cet endroit. Un bordel sans nom m’attend au tournant et j’en profite pour faire le plein de houblon. J’assiste également au concert des Eagles Of Death Metal, qui loin des polémiques, nous offrent une belle prestation. Par chance, j’avais décidé de faire l’impasse sur leur passage au Bataclan le 13 novembre 2015 (jour des attentats) les ayant déjà vu à Rock En Seine en 2012. Je quitte la mainstage plus vivant que jamais et la gorge serrée en pensant à ceux et celles qui n’ont pas eu l’opportunité d’y revenir. Les texans de ZZ Top, que j’ai déjà eu l’occasion de voir à maintes reprises, célèbrent de belle manière leur cinquantenaire. Leur répertoire est long comme le bras et les standards s’enchainent sans que l’on n’y trouve quelque chose à redire. Les premières notes de “Detroit Rock City” se font entendre et c’est parti pour un show à l’américaine. Rien ne manque : les lasers, les fumigènes, le feu d’artifice, la tyrolienne et le mur d’écran qui me parait interminable. Kiss en fait des tonnes et régale son public. “You wanted the best ? You got the best !” Dernier passage dans l’hexagone avant de remiser talons compensés et trousses à maquillage ? Wait and see ! Grand prêtre de la scène gothic rock, The Sisters Of Mercy se fait rare et leur présence au Hellfest est inespéré. J’arrive après de longues minutes à m’extraire de l’immense foule qui me fait face pour rejoindre la Temple. Les anglais, légende du rock à tendance minimaliste, m’emportent loin, très loin dans leur univers tortueux et torturé. Magique !

Stone Temple Pilots est le groupe que je veux absolument voir en ce dimanche 23 juin. La formation américaine qui a viré successivement Scott Weiland et Chester Bennington (tous deux décédés aujourd’hui) s’est trouvé un nouveau chanteur en la personne de Jeff Gutt (ex-candidat de X Factor). Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il remplit son contrat avec les honneurs et semble même ému de se produire sur la scène du Hellfest. Le thrash metal d’Anthrax exécuté à la perfection arrive encore une fois à me convaincre, tout comme Lynyrd Skynyrd qui enchaîne les tubes : “Free Bird”, “Simple Man”, “Sweet Home Alabama”… Les guitaristes Gary Rossington (seul membre fondateur encore présent) et Rickey Medlocke me donnent des frissons et c’est le cœur léger que j’assiste ensuite au concert de Lamb Of God. Figure de proue du mouvement groove metal, on est loin ici de l’innocent agneau qui vient de naître et ça respire la sauvagerie à plein nez. Randy Blythe et ses compères, capables de rassembler tous les courants pour une belle union, nous offre une vraie expérience sensorielle. Jouissif ! On ne présente plus Slash, l’homme au haut-de-forme et à la paire de Ray-Ban Aviator vissée sur le nez. Fidèle à lui-même, le guitar-hero n’a pas quitté une seule seconde sa six cordes et nous a présenté tout ce qu’il est à peu près possible de réaliser avec une guitare. Magnifiquement accompagné par Myles Kennedy and The Conspirators, il esquisse un sourire et semble sur une autre planète. Saul Hudson est probablement un extra-terrestre. Tool boudait le vieux continent depuis 2007. L’annonce d’une tournée européenne, et la sortie d’un nouvel album après treize ans de silence discographique les aura réveillés, rendant chaque date unique. Le combo, emmené par l’excentrique Maynard James Keenan, a conclu idéalement cette quatorzième édition en nous proposant un metal progressif de haute facture et des ambiances planantes. Respect !

Que dire à propos de ce festival qui n’a pas déjà été dit ? Je m’interroge et vous donne d’ores et déjà rendez-vous les 19/20 et 21 juin 2020. Il existe en effet des week-ends en enfer qui valent bien tous les paradis.

Arno Jaffré

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