Sacrée gageure, sacrée mission culturelle que de programmer un festival. Un évènement qui joue le tout pour le tout en quelques jours, quelques semaines au maximum, privilégie l’accumulation, le trop plein, cherche l’épuisement, provoque la frustration et les rencontres (parfois contre toute attente). L’enthousiasme des programmateurs (et programmatrices) qui, d’un bout à l’autre du pays, oeuvrent dans l’ombre donne à chacune de ces manifestations une identité propre, une singularité, une âme.

Ils parlent de fidélité aux artistes, mais aussi de respect comme de volonté émancipatrice à l’égard des festivaliers qui leur font confiance. Chacun, à sa façon, symbolise aujourd’hui une facette de cet artisanat méconnu, de cette science très humaine qui nous incite à parcourir des centaines de kilomètres, dormir sous une tente surchauffée, et attendre la nuit dans un amphithéâtre, en plein air ou sur des gradins pour assister à un spectacle, un concert, une performance dont on se souviendra parfois des années durant. Il se cache également bien des choses derrière une programmation : une intention, du flair et de l’intuition. Mais aussi du talent, de l’improvisation, de la diplomatie, et même du racolage parfois. Le tout donnera des paris follement remportés mais aussi des ratages complets.

Le Motocultor festival, quant à lui, semble irréprochable au niveau de la programmation dans laquelle on retrouve bon nombre de groupes incontournables (Avatar, Get The Shot, Iron Reagan, Kadavar, Napalm Death, NOFX, Solstafir, The Vintage Caravan, Tribulation, Turbonegro, Ufomammut…). La journée du 15 août, essentiellement consacrée aux cultures celtes et traditionnelles, connaitra des hauts et des bas. L’opéra rock “Excalibur”, trop pompeux et surtout beaucoup trop long, en fatiguera plus d’un. Alan Stivell (75 ans au compteur), en réinterprétant son répertoire de manière plus moderne, récoltera de nombreux applaudissements. Un juste retour finalement pour celui qui milite pour la reconnaissance culturelle, linguistique et politique de la Bretagne depuis des décennies.

Certains festivals s’ouvrent à des formations dont on se demande bien quel rapport ils ont avec le Metal. Le Motocultor offrira une visibilité et une bonne place sur scène à Henri Dès (Death ?), accueilli comme il se doit par les nostalgiques du premier rang. Vont se succéder les 16/17 et 18 août une multitude de groupes tous aussi performants les uns que les autres (Hypocrisy, Death Angel, Freak Kitchen, Magma, Mars Red Sky, Mustasch, The Casualties, The Night Flight Orchestra…). Mais les grands noms n’apaisent pas le vertige du programmateur, car la catastrophe est toujours possible. Alors une fois la sélection bouclée, validée et imprimée, il faut parcourir les routes de France pour défendre ses choix. Même si de prime abord, inviter At The Gates, Cancer Bats, Hatebreed, Ihsahn, Trust, Marduk, Sacred Reich, Watain…n’a rien de révolutionnaire, il faut tout de même y croire.

Tout l’enjeu en fin de compte consiste à donner une couleur à sa programmation, la profusion des évènements à connotation “Metal” ayant radicalement changé la donne. Sans compter les tournées qui précèdent ou suivent les festivals. Mais le risque peut être aussi ailleurs si la billetterie ne s’enflamme pas. La météo bien évidemment est à prendre en compte (La journée pluvieuse du samedi a légèrement refroidi l’ambiance sans toutefois jouer sur l’humeur des festivaliers). Un autre impossible à gérer, un groupe qui refuse tout concert en mettant en cause l’organisation (coucou Manowar !) ou qui insiste pour une scénographie digne des plus grands. La technique a ses raisons que l’artistique ignore. A leur manière, les organisateurs de festival sont aussi des artistes.

Alors un grand merci à eux de prendre autant de risques, insensés parfois, et de se battre des mois durant afin de pérenniser un évènement pour lequel ils se battent bec et ongles (Au détriment des politiques d’ailleurs qui ne sont pas si nombreux à accepter de la musique Metal sur leur commune). La prochaine édition se déroulera une nouvelle fois sur quatre jours du 13 au 16 août 2020 et un groupe a déjà été annoncé lors de la conférence de presse :  Heilung

Arno Jaffré

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